Prothèse complète numérique en PMMA : déchets, usinage et impact environnemental

Usinage d’une prothèse complète numérique en PMMA avec production de copeaux et déchets, comparant une prothèse de 12 à 14 g à jusqu’à 300 g de résidus.

Dans cet article

Prothèse complète numérique en PMMA : que devient toute la matière retirée ?

Le numérique constitue une avancée majeure. Mais l’efficacité du procédé de fabrication mérite, elle aussi, d’être mesurée.

La prothèse complète numérique a profondément modifié les méthodes de conception et de fabrication. Numérisation, conception assistée par ordinateur, archivage du dossier numérique, reproductibilité, possibilité de reproduire ou de modifier une prothèse : ces progrès sont incontestables. La question environnementale ne consiste donc pas à remettre en cause le numérique. Elle consiste à distinguer deux choses très différentes : la conception numérique du dispositif et le procédé utilisé pour le fabriquer. Lorsqu’une prothèse complète est fabriquée par usinage d’un disque prépolymérisé de PMMA — polyméthacrylate de méthyle — le principe est soustractif : une fraiseuse enlève progressivement toute la matière qui ne fera pas partie de la prothèse définitive. Or une prothèse complète terminée représente seulement quelques grammes de matière. La question devient alors très concrète :
Quelle quantité de PMMA faut-il mobiliser, usiner, aspirer puis éliminer ou recycler pour fabriquer la quantité qui restera effectivement dans la bouche du patient ?
Une publication scientifique permet aujourd’hui de répondre très précisément à cette question.

Déchets PMMA : une prothèse complète de 12 à 14 g peut générer jusqu’à environ 300 g de déchets

En 2024, Ong et collaborateurs ont publié dans RSC Sustainability une analyse consacrée à l’utilisation des matières plastiques en santé orale et aux possibilités de circularité. La publication est en accès libre : Ong A. et al. — “The global burden of plastics in oral health: prospects for circularity, sustainable materials development and practice.”
RSC Sustainability, 2024, 2, 881–902.
DOI : 10.1039/D3SU00364G.
Consulter l’article intégral sur le site de la Royal Society of Chemistry Dans leur figure 3, les auteurs analysent directement la fabrication CAD/CAM d’une prothèse complète à partir d’un disque de PMMA. Ils indiquent :
  • masse moyenne de la prothèse complète terminée : 12 à 14 g ;
  • PMMA restant inutilisé après l’usinage : 120 à 150 g ;
  • poudre fine produite par l’usinage : 150 à 180 g.
Ils concluent qu’une prothèse complète fabriquée par fraisage d’un disque de PMMA peut produire jusqu’à environ 300 g de déchets polymères.

CHIFFRE CLÉ

12–14 g de prothèse finie
120–150 g de PMMA inutilisé
150–180 g de poudre fine d’usinage
Jusqu’à ≈ 300 g de déchets polymères pour une prothèse complète

Utilisation de matière et génération de déchets lors de la fabrication numérique de dispositifs dentaires en PMMA. La fabrication d’une prothèse complète par usinage d’un disque de PMMA laisse, dans l’exemple présenté, 120 à 150 g de matériau inutilisé et génère 150 à 180 g de poudre fine, pour une prothèse finale de 12 à 14 g. La figure montre également l’intérêt de l’optimisation du nesting pour réduire les déchets lors de l’usinage de plusieurs restaurations dans un même disque. Source : Ong A. et al., The global burden of plastics in oral health: prospects for circularity, sustainable materials development and practice, RSC Sustainability, 2024;2:881–902. DOI : 10.1039/D3SU00364G.

Figure 3 de Ong et al. (RSC Sustainability, 2024) —

Utilisation de matière et génération de déchets lors de la fabrication numérique de dispositifs dentaires en PMMA. La fabrication d’une prothèse complète par usinage d’un disque de PMMA laisse, dans l’exemple présenté, 120 à 150 g de matériau inutilisé et génère 150 à 180 g de poudre fine, pour une prothèse finale de 12 à 14 g. La figure montre également l’intérêt de l’optimisation du nesting pour réduire les déchets lors de l’usinage de plusieurs restaurations dans un même disque.

Source : Ong A. et al., The global burden of plastics in oral health: prospects for circularity, sustainable materials development and practice, RSC Sustainability, 2024;2:881–902. DOI : 10.1039/D3SU00364G.

PMMA et prothèse numérique : 12–14 g de prothèse pour 270 à 330 g de matière non incorporée

Si l’on additionne les valeurs publiées : 120 à 150 g de matériau inutilisé + 150 à 180 g de poudre d’usinage = 270 à 330 g de PMMA qui ne constituent pas la prothèse finale. Rapportée à une prothèse de 12 à 14 g, la quantité de matière qui ne se retrouve pas dans le dispositif fini peut donc représenter environ 19 à 27 fois la masse de la prothèse elle-même. Ce calcul n’est pas une estimation industrielle générale. Il découle directement des valeurs publiées par Ong et collaborateurs et concerne le scénario qu’ils présentent. Il faut également distinguer les formes sous lesquelles cette matière subsiste. Une partie reste sous forme de disque inutilisé. Une autre partie devient :
  • copeaux ;
  • poudre ;
  • poussières ;
  • particules issues des opérations de finition.
Toutes ces fractions ne possèdent pas nécessairement la même possibilité de récupération.

Usinage du PMMA : la géométrie de la prothèse numérique est déterminante

La même publication apporte une nuance essentielle. Lorsque de nombreuses petites restaurations peuvent être organisées efficacement dans un même disque — ce que l’on appelle le nesting — l’utilisation de matière devient beaucoup plus rationnelle. Les auteurs montrent l’exemple de 30 couronnes obtenues dans un seul disque de PMMA, avec environ 55 g de déchets résiduels. Le problème n’est donc pas simplement :
« l’usinage est-il soustractif ? »
Il faut également demander :
« la géométrie du dispositif permet-elle d’utiliser efficacement la matière du disque ? »
Une prothèse complète constitue précisément une géométrie défavorable à ce titre. Pour dégager la prothèse, il faut retirer de la matière correspondant notamment :
  • à l’intrados ;
  • aux surfaces vestibulaires ;
  • aux espaces interdentaires ;
  • aux reliefs occlusaux ;
  • au palais d’une prothèse maxillaire ;
  • aux zones situées autour du dispositif.
La prothèse finale reste donc légère alors que son enveloppe de fabrication occupe un volume très supérieur.

Ce que l’étude démontre réellement sur les déchets PMMA

Il serait incorrect d’écrire :
« le numérique produit 300 g de déchets ».
Ce n’est pas ce que démontre la publication. Elle montre que :
dans un procédé numérique soustractif appliqué à une prothèse complète en PMMA, la masse de matériau non incorporée au dispositif final peut être très importante par rapport à celle de la prothèse terminée.
La différence est fondamentale. La conception numérique n’est pas le problème. C’est le rapport entre :
  • la géométrie du dispositif ;
  • le volume du disque ;
  • le procédé soustractif ;
  • et la possibilité réelle de réutiliser ou recycler la matière retirée
qui doit être étudié.

Prothèse numérique en PMMA : deux grandes stratégies de fabrication

Toutes les prothèses complètes usinées en PMMA ne sont pas fabriquées de la même manière. Deux stratégies principales doivent être distinguées.

1. Prothèse obtenue dans un disque monolithique

Certaines solutions permettent d’intégrer dans un même disque les zones correspondant :

  • à la base gingivale ;
  • et aux dents.

C’est notamment le principe du système Ivotion.

Le fabricant présente un disque permettant de fabriquer numériquement la prothèse dans un processus d’usinage coordonné.

La documentation technique du système Ivotion confirme que les disques sont conçus pour être usinés dans des machines CAD/CAM adaptées.

Documentation Ivoclar — Ivotion Denture System

Cette solution évite notamment l’assemblage secondaire de dents séparées.

Mais le principe physique reste le même :

la prothèse est dégagée par enlèvement de matière à l’intérieur d’un disque beaucoup plus volumineux qu’elle.

2. Base gingivale et dents fabriquées séparément

D’autres workflows numériques utilisent :
  • un disque de PMMA destiné à la base ;
  • un autre disque ou blank destiné aux dents ;
  • puis un assemblage secondaire.
Cette stratégie ne doit pas être confondue avec le système monolithique. Dans ce cas, l’analyse environnementale doit intégrer plusieurs flux distincts :

Pour la base

  • disque de PMMA gingival ;
  • matière résiduelle ;
  • copeaux ;
  • poudre de fraisage.

Pour les dents

  • matériau blanc ou multicouche ;
  • déchets liés à leur propre usinage ;
  • restes de disques.

Pour l’assemblage

  • adhésif ;
  • polymère ;
  • monomère ;
  • excédents ;
  • contenants ;
  • seringues et canules selon le système utilisé.
Le bilan de matière ne peut donc pas être établi uniquement à partir du disque de la base.

PMMA, collage et prothèse numérique : un autre type de déchet chimique

L’exemple Ivotion Bond permet de documenter très concrètement cette question.

Le système est destiné au collage de composants de prothèses fabriqués séparément.

La fiche de données de sécurité du Ivotion Bond Monomer indique notamment la présence de méthacrylate de méthyle et impose des précautions spécifiques.

Elle précise :

  • qu’une ventilation suffisante du poste de travail est nécessaire ;
  • que le produit ne doit pas être rejeté dans les égouts ;
  • qu’il ne doit pas rejoindre les eaux superficielles ou souterraines ;
  • et que son élimination doit respecter les filières prévues pour ce type de produit.

Consulter la fiche de données de sécurité Ivotion Bond Monomer

L’impact matériel d’un workflow « base + dents séparées » ne se limite donc pas à deux disques.

Il ajoute également :

  • un produit de collage ;
  • des composés méthacrylates ;
  • des emballages ;
  • des dispositifs d’application ;
  • des résidus chimiques.

Ces quantités sont beaucoup plus faibles que les centaines de grammes de PMMA retirées pendant l’usinage.

Mais leur nature est différente.

Nous pouvons ainsi distinguer :

le déchet massif

Restes de disques.

le déchet particulaire

Copeaux, poudres et poussières.

le déchet chimique

Monomères, adhésifs et produits associés au collage.

Déchets d’usinage du PMMA : 150 à 180 g de poudre fine

Dans l’étude d’Ong et collaborateurs, 150 à 180 g de PMMA sont décrits comme de la poudre fine produite lors du fraisage d’une seule prothèse complète. Cette quantité est particulièrement importante. Elle représente à elle seule plus de dix fois la masse du dispositif final. La poudre doit nécessairement être :
  • maintenue dans la machine ;
  • aspirée ;
  • collectée ;
  • retenue par les systèmes de filtration ;
  • puis évacuée ou valorisée.
La question écologique ne porte donc pas uniquement sur le morceau de disque restant visible après fraisage. Elle concerne aussi une quantité importante de matière devenue particulaire.

Usinage du PMMA : aspiration et évacuation des copeaux

La documentation technique de la PrograMill PM7 d’Ivoclar est particulièrement instructive.

Le fabricant indique explicitement que la machine possède :

un ioniseur intégré

destiné à neutraliser la charge électrostatique des copeaux acryliques générés lors de l’usinage du PMMA, notamment Ivotion ;

et

une fonction d’autonettoyage par aspiration active.

La puissance annoncée pour la machine est de 970 W.

Documentation officielle Ivoclar — PrograMill PM7

La brochure technique précise elle aussi que l’ioniseur intégré neutralise la charge des copeaux acryliques issus du PMMA et que ceux-ci sont ensuite évacués par aspiration.

Il ne s’agit évidemment pas d’une étude environnementale.

Mais cette documentation industrielle confirme directement que :

l’usinage du PMMA génère un flux suffisamment important de copeaux et particules pour nécessiter des dispositifs dédiés de neutralisation électrostatique, d’aspiration et d’autonettoyage.

Déchets PMMA : aspirer ne signifie pas faire disparaître

L’aspiration constitue une mesure indispensable. Elle permet de réduire la dispersion de matière dans l’environnement de travail. Mais elle ne détruit pas le PMMA. La matière aspirée doit ensuite se retrouver quelque part :
  • dans un bac ;
  • dans un sac ;
  • dans un filtre ;
  • ou dans un dispositif de collecte.
Autrement dit :
la pollution potentiellement dispersée devient un déchet concentré.
C’est ensuite la destination de ce déchet qui détermine s’il entre réellement dans une boucle de valorisation.

PMMA et pollution particulaire : des particules très fines peuvent être produites

Une étude publiée en 2025 dans la revue Toxics s’est intéressée aux particules provenant du travail mécanique de matériaux dentaires.

Chanbandit C. et al. — “Airborne Dental Material Particulates and Occupational Exposure: Computational and Field Insights into Airflow Dynamics and Control Strategies.”

Toxics, 2025, 13(11), 957.
DOI : 10.3390/toxics13110957.
Consulter l’étude complète

Les auteurs ont notamment étudié des particules de PMMA de l’ordre de 0,5 µm et analysé leur dispersion dans l’air ainsi que différents dispositifs de captation.

Les résultats montrent que ces particules peuvent se disperser dans l’environnement de travail et que la captation locale et la filtration de l’air modifient fortement leur propagation.

Il faut toutefois être rigoureux :

cette étude ne mesure pas directement les émissions d’une fraiseuse CAD/CAM fermée pendant l’usinage complet d’une prothèse.

Elle porte sur le travail mécanique et la dispersion particulaire.

Elle permet néanmoins d’établir un point essentiel :

les particules de PMMA générées mécaniquement peuvent atteindre des dimensions submicroniques et devenir aéroportées lorsqu’elles ne sont pas correctement confinées.

Déchets PMMA : de la poussière aux microplastiques

Une autre publication récente élargit cette problématique à l’environnement. Di Spirito F. et al. — “Micro- and Nanoplastics and the Oral Cavity: Implications for Oral and Systemic Health, Dental Practice, and the Environment—A Narrative Review.” Journal of Functional Biomaterials, 2025;16(9):332.
DOI : 10.3390/jfb16090332.
Consulter l’article complet Cette revue identifie les matériaux polymériques dentaires comme des sources potentielles de micro- et nanoplastiques et analyse leurs mécanismes de libération et leurs implications environnementales. Pour les procédés CAD/CAM, les particules peuvent notamment :
  • rester dans la chambre d’usinage ;
  • être récupérées par aspiration ;
  • être entraînées avec des liquides lorsque des procédés humides sont utilisés ;
  • ou rejoindre les effluents en l’absence de filtration suffisante.
Cette dimension est importante. Le PMMA retiré pendant l’usinage n’existe donc pas uniquement sous forme de gros morceaux facilement visibles. Une partie peut exister sous forme de particules beaucoup plus petites et plus facilement dispersables.

Déchets PMMA : trois questions essentielles à poser

Lorsqu’on analyse les 150 à 180 g de poudre rapportés pour une prothèse complète, il faut distinguer :

1. Quelle quantité est produite ?

La publication RSC apporte déjà un ordre de grandeur.

2. Quelle quantité est effectivement captée ?

Cela dépend de la machine, de son étanchéité, de l’aspiration, de l’entretien et des procédures de laboratoire.

3. Que devient la matière captée ?

C’est là qu’apparaît la question du recyclage.

Recyclage du PMMA : un matériau techniquement recyclable

Le PMMA présente une caractéristique intéressante : contrairement à certains polymères thermodurcissables, il existe des procédés permettant de récupérer une partie importante de sa valeur matière. La publication d’Ong et collaborateurs rappelle notamment que le PMMA peut être soumis à une dépolymérisation par pyrolyse permettant de récupérer du méthacrylate de méthyle. Les travaux cités par les auteurs font état, selon les procédés, de rendements et puretés élevés de MMA récupéré. Consulter la version HTML de l’article RSC Une revue publiée en août 2026 est entièrement consacrée à cette problématique : Bogdan-Andreescu C.F. et al. — “Life-Cycle Performance of Poly(methyl methacrylate) in Digital Dentistry: A Critical Review of Material Efficiency, Waste Generation, and Circularity.” Polymers, 2026, 18(17), 2071.
DOI : 10.3390/polym18172071.
Consulter la revue scientifique complète Cette revue analyse :
  • l’efficacité matière ;
  • les déchets d’usinage ;
  • la récupération ;
  • le recyclage mécanique ;
  • le recyclage chimique ;
  • la dépolymérisation ;
  • la circularité du PMMA en dentisterie numérique.

Recyclage du PMMA dentaire : recyclable ne signifie pas recyclé

C’est probablement la distinction la plus importante. La revue de 2026 souligne que les recherches démontrent de nombreuses possibilités techniques de recyclage du PMMA. Mais les données directement applicables aux déchets dentaires restent beaucoup plus limitées. Les auteurs appellent notamment à disposer de données réelles sur :
  • les flux de matière ;
  • la récupération ;
  • la qualité des matériaux récupérés ;
  • leur sécurité ;
  • les modèles économiques ;
  • les contraintes réglementaires ;
  • et leur utilisation réelle en pratique dentaire.
Autrement dit :
démontrer qu’un matériau peut être recyclé en laboratoire ou industriellement ne démontre pas qu’il est effectivement recyclé lorsqu’il sort d’un laboratoire de prothèse dentaire.

Déchets PMMA dans les laboratoires français : quelle réalité ?

C’est ici qu’il faut distinguer clairement les données scientifiques du constat professionnel de terrain. À notre connaissance, il n’existe pas actuellement en France de filière généralisée permettant à l’ensemble des laboratoires de prothèse dentaire de :
  1. séparer systématiquement tous les déchets de PMMA ;
  2. distinguer leurs différentes qualités ;
  3. collecter les restes de disques ;
  4. récupérer séparément les poudres d’usinage ;
  5. faire enlever ces déchets par une filière spécifique ;
  6. disposer d’une traçabilité attestant leur recyclage effectif.
L’expérience quotidienne du laboratoire montre que, lorsqu’aucun circuit spécifique n’est organisé, les résidus de PMMA finissent généralement avec les déchets ordinaires. Cette observation professionnelle doit être clairement identifiée comme telle. Elle ne doit pas être confondue avec une statistique nationale que la littérature scientifique disponible ne fournit pas actuellement. Mais elle révèle précisément l’écart entre :

recyclabilité théorique

et

circularité réellement organisée.

Déchets PMMA : une autre étude mesure plusieurs centaines de grammes de résidus

Une publication de Jiang et collaborateurs apporte une autre donnée particulièrement intéressante. Jiang C.P. et al. — “Multiresin Additive Manufacturing Process for Printing a Complete Denture and an Analysis of Accuracy.” 3D Printing and Additive Manufacturing, 2022;9(6):511–519.
DOI : 10.1089/3dp.2021.0007.
Consulter la publication scientifique Dans le protocole CAD/CAM soustractif étudié :
  • matière initiale : 467,69 g ;
  • produit final : 33,56 g ;
  • déchets mesurés : 434,13 g.
L’étude comparait ce workflow à un procédé expérimental de fabrication additive. Cette valeur ne doit pas être généralisée. Elle correspond :
  • aux matériaux employés ;
  • aux blanks concernés ;
  • aux machines ;
  • et au protocole expérimental de cette étude.
Elle confirme néanmoins indépendamment le même phénomène :
dans certaines configurations de fabrication soustractive de prothèses complètes, la masse des résidus peut très largement dépasser celle du dispositif final.
La fabrication additive présente d’autres problématiques environnementales et fera donc l’objet d’un article distinct.

Prothèse numérique en PMMA : quelle consommation énergétique ?

La matière n’est qu’une partie du bilan. L’usinage nécessite également de l’électricité pour :
  • la broche ;
  • les axes moteurs ;
  • l’électronique de commande ;
  • l’aspiration ;
  • le nettoyage ;
  • éventuellement l’air comprimé ;
  • les systèmes périphériques.
La PrograMill PM7 est annoncée par Ivoclar avec une puissance de 970 W et dispose également d’une aspiration active. Documentation officielle PrograMill PM7 Mais il faut éviter un raccourci. 970 W n’est pas la consommation énergétique d’une prothèse. Il s’agit d’une donnée technique de puissance de la machine. La consommation réelle dépend :
  • de la durée du programme ;
  • de la charge réelle de la broche ;
  • du fonctionnement des autres moteurs ;
  • de l’aspiration ;
  • des auxiliaires ;
  • du nombre d’étapes.
Pour pouvoir affirmer :
« fabriquer une prothèse complète consomme X kWh »
il faudrait mesurer directement l’énergie réellement absorbée pendant un cycle complet. Cette donnée manque encore dans la littérature scientifique disponible pour les workflows de prothèse complète étudiés ici.

Usinage du PMMA : il faut aussi compter les outils

La fabrication soustractive implique également une usure mécanique. Les fraises sont des consommables. Selon :
  • le matériau ;
  • la stratégie d’usinage ;
  • le nombre de pièces ;
  • les paramètres de coupe ;
elles doivent être remplacées. La fabrication ne consomme donc pas uniquement du PMMA et de l’électricité. Elle mobilise également :
  • des outils de fraisage ;
  • des filtres ;
  • des équipements d’aspiration ;
  • des consommables de finition ;
  • des brosses ;
  • des pâtes de polissage.
Une véritable analyse de cycle de vie devrait intégrer ces éléments.

PMMA et finition : une autre source de particules

Après la sortie de l’usineuse, la prothèse doit généralement encore être :
  • séparée de ses attaches ;
  • ébarbée ;
  • rectifiée si nécessaire ;
  • prépolie ;
  • polie.
Ces opérations sont elles-mêmes mécaniques. Elles peuvent donc produire :
  • poussières ;
  • particules ;
  • usure d’outils ;
  • déchets de polissage.
L’étude de Chanbandit et collaborateurs sur la dispersion de particules de PMMA lors d’opérations mécaniques montre précisément que cette phase de travail ne doit pas être négligée dans l’évaluation de l’exposition particulaire. Consulter l’étude sur PubMed Central

Prothèse numérique en PMMA : la durée de vie doit aussi entrer dans l’équation

Il serait cependant insuffisant de juger un procédé uniquement à partir des déchets produits le jour de la fabrication. Les disques de PMMA prépolymérisé peuvent présenter des avantages importants :
  • homogénéité industrielle ;
  • degré élevé de polymérisation ;
  • reproductibilité ;
  • qualité mécanique maîtrisée ;
  • faible porosité ;
  • stabilité du matériau.
Si une telle prothèse possède une durée de vie plus importante, nécessite moins de réparations ou permet une reproduction simplifiée, ces avantages doivent eux aussi entrer dans le bilan. Le véritable indicateur devrait donc progressivement devenir :
impact environnemental par année de service clinique satisfaisant.
Pour disposer d’une comparaison complète, il faudrait associer :
  • matière utilisée ;
  • déchets ;
  • énergie ;
  • consommables ;
  • durée de vie ;
  • réparabilité ;
  • taux de renouvellement.

Prothèse numérique : mieux mesurer matière, déchets et énergie

Cette réflexion ne constitue donc en rien une critique du numérique. Au contraire. Le numérique offre précisément les outils permettant :
  • d’enregistrer automatiquement la masse ou le volume de matière utilisé ;
  • d’optimiser le nesting ;
  • de comparer différentes orientations ;
  • de mesurer la matière éliminée ;
  • d’assurer la traçabilité des restes de disques ;
  • de différencier les matériaux ;
  • d’organiser leur collecte ;
  • de mesurer l’énergie réellement consommée ;
  • de comparer différents procédés de fabrication.
La prochaine étape du numérique dentaire pourrait donc être de ne plus mesurer uniquement :

la précision,

la rapidité,

la productivité,

mais aussi :

l’efficacité matière et énergétique.

Le problème n’est pas le PMMA, mais l’usage du procédé

Le PMMA demeure un matériau fondamental en prothèse amovible.

Ses propriétés sont connues depuis des décennies et les disques prépolymérisés apportent des avantages techniques incontestables.

La question n’est donc pas :

« Faut-il supprimer le PMMA ? »

Elle est :

« Pour quelles indications l’usinage d’un disque massif constitue-t-il la manière la plus rationnelle de fabriquer le dispositif recherché ? »

Cette question doit être posée sans dogmatisme.

Le meilleur procédé doit être celui qui offre le meilleur compromis entre :

  • qualité clinique ;
  • précision ;
  • résistance ;
  • durée de vie ;
  • réparabilité ;
  • quantité de matière ;
  • consommation énergétique ;
  • production de déchets ;
  • possibilité réelle de recyclage.

Déchets PMMA : réduire avant de recycler

Le recyclage reste évidemment souhaitable. Mais il intervient après la fabrication du déchet. Une véritable politique environnementale devrait donc suivre plusieurs niveaux :

1. Réduire

Peut-on mobiliser moins de matière ?

2. Optimiser

Peut-on améliorer le nesting ou la géométrie de fabrication ?

3. Capturer

Peut-on éviter la dispersion des poussières et particules ?

4. Séparer

Peut-on éviter de mélanger PMMA, zircone, cire et autres matériaux dans les mêmes systèmes de collecte ?

5. Recycler réellement

Existe-t-il une filière capable de garantir la récupération et la valorisation de la matière ? Ce dernier point est essentiel. Un matériau recyclable mais jeté reste un déchet.

PMMA en laboratoire : ce qu’il faudrait désormais mesurer

Pour une prothèse complète usinée en PMMA, quelques indicateurs simples permettraient d’obtenir des données beaucoup plus précises.

Matière

  • masse du disque avant fabrication ;
  • masse de la prothèse terminée ;
  • masse du disque restant ;
  • masse des copeaux et poudres récupérés.

Déchets

  • proportion réutilisable ;
  • proportion collectée ;
  • proportion réellement recyclée ;
  • proportion éliminée avec les déchets ordinaires.

Particules

  • efficacité de l’aspiration ;
  • quantité retenue dans les filtres ;
  • renouvellement des filtres ;
  • devenir de ces filtres.

Énergie

  • consommation totale de la machine ;
  • aspiration ;
  • auxiliaires ;
  • finition.

Consommables

  • fraises ;
  • filtres ;
  • produits de collage ;
  • matériel d’application ;
  • consommables de polissage.

Durabilité

  • durée de service ;
  • réparations ;
  • rebasages ;
  • renouvellements.
Ces données permettraient enfin de comparer les procédés sur une base objective.

Conclusion : prothèse numérique en PMMA, mesurer pour mieux fabriquer

La prothèse numérique constitue une avancée majeure. Mais il faut désormais distinguer : la valeur du numérique de l’efficacité du procédé industriel choisi pour matérialiser la conception numérique. Pour la prothèse complète usinée en PMMA, la littérature scientifique apporte aujourd’hui un chiffre impossible à ignorer :

une prothèse de 12 à 14 g peut être associée à 120–150 g de matière inutilisée et à 150–180 g de poudre fine d’usinage.

La question environnementale ne consiste pas à condamner cette technologie. Elle consiste à demander :
où va cette matière ?
quelle quantité est captée ?
quelle quantité est réellement recyclée ?
quelle énergie a été nécessaire pour l’enlever ?
et pouvait-on atteindre le même objectif clinique en utilisant moins de ressources ?
Une technologie arrivée à maturité doit pouvoir répondre à ces questions. Le progrès numérique de demain ne sera probablement pas seulement celui qui permettra de fabriquer plus rapidement ou avec davantage de précision. Il sera aussi celui qui permettra de mesurer, réduire et valoriser ce que nous utilisons pour fabriquer.

Sources scientifiques sur le PMMA, l’usinage et les déchets

Ong A., Teo J.Y.Q., Watts D.C., Silikas N., Lim J.Y.C., Rosa V.

The global burden of plastics in oral health: prospects for circularity, sustainable materials development and practice.

RSC Sustainability. 2024;2:881–902.

DOI : 10.1039/D3SU00364G

Publication centrale pour les données :

  • 12–14 g par prothèse ;
  • 120–150 g de PMMA inutilisé ;
  • 150–180 g de poudre ;
  • jusqu’à environ 300 g de déchets.

Article en accès libre


Bogdan-Andreescu C.F. et al.

Life-Cycle Performance of Poly(methyl methacrylate) in Digital Dentistry: A Critical Review of Material Efficiency, Waste Generation, and Circularity.

Polymers. 2026;18(17):2071.

DOI : 10.3390/polym18172071

Revue consacrée spécifiquement :

  • au PMMA numérique ;
  • à l’efficacité matière ;
  • aux déchets ;
  • au recyclage ;
  • à la circularité.

Article intégral Polymers / MDPI


Chanbandit C. et al.

Airborne Dental Material Particulates and Occupational Exposure: Computational and Field Insights into Airflow Dynamics and Control Strategies.

Toxics. 2025;13(11):957.

DOI : 10.3390/toxics13110957

Publication utilisée pour la dispersion de particules fines de PMMA et les systèmes de captation.

Article intégral Toxics


Di Spirito F. et al.

Micro- and Nanoplastics and the Oral Cavity: Implications for Oral and Systemic Health, Dental Practice, and the Environment—A Narrative Review.

Journal of Functional Biomaterials. 2025;16(9):332.

DOI : 10.3390/jfb16090332

Revue consacrée aux sources dentaires potentielles de micro- et nanoplastiques et à leurs implications environnementales.

Article intégral Journal of Functional Biomaterials


Jiang C.P., Hentihu M.F.R., Lee S.Y., Lin R.

Multiresin Additive Manufacturing Process for Printing a Complete Denture and an Analysis of Accuracy.

3D Printing and Additive Manufacturing. 2022;9(6):511–519.

DOI : 10.1089/3dp.2021.0007

Dans le protocole CAD/CAM étudié :

  • 467,69 g de matière initiale ;
  • 33,56 g de produit final ;
  • 434,13 g de déchets.

Publication scientifique

Documents techniques sur la prothèse numérique en PMMA

Ivoclar — PrograMill PM7

Documentation fabricant concernant :

  • usinage PMMA ;
  • ioniseur intégré ;
  • copeaux acryliques ;
  • aspiration active ;
  • puissance annoncée de 970 W.

Documentation PrograMill PM7


Ivoclar — Ivotion Denture System

Documentation industrielle permettant de visualiser les différents matériaux et disques destinés à la fabrication numérique de prothèses complètes.

Brochure Ivotion Denture System


Ivoclar — Ivotion Bond Monomer

Fiche de données de sécurité utilisée pour documenter :

  • le méthacrylate de méthyle ;
  • la ventilation ;
  • les précautions environnementales ;
  • l’interdiction de rejet dans les égouts et les eaux.

Fiche de données de sécurité Ivotion Bond Monomer

Périmètre : prothèse complète numérique usinée en PMMA

Cet article traite volontairement de :

la prothèse complète fabriquée par usinage de PMMA.

Les procédés additifs utilisant des résines photopolymérisables soulèvent des problématiques différentes :
  • résines non polymérisées ;
  • supports ;
  • solvants ou liquides de lavage ;
  • photoinitiateurs ;
  • post-polymérisation ;
  • déchets liquides ;
  • énergie ;
  • recyclabilité des résines.
Ils feront l’objet d’un article scientifique séparé afin de ne pas mélanger des technologies dont les flux de matière et les impacts environnementaux sont différents.

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